Le furet et le désir…

Par Jean Marie TASSEL


Le furet et le désir & saynètes

Il court, il court, le furet.

On le cherche sous la table, derrière les rideaux, entre les plis du divan.
On croit l’avoir saisi – il a déjà filé.

Le furet n’habite nulle part.
Il circule.

Ainsi du désir.


Un jour, un analysant demanda à l’analyste :

— Où est le désir ?
— Là où tu ne le trouves pas, répondit-il.

L’analysant fouilla dans ses souvenirs, dans ses amours, dans ses échecs.

Il trouva des demandes, des plaintes, des exigences. Il trouva des « aime-moi ! », des « dis-moi qui je suis !», des « pourquoi moi ? ».

Mais le désir n’était pas là.

L’analyste sourit :

— Tu cherches le furet dans la cage. Il est déjà passé par le trou.


« Le désir de l’homme est le désir de l’Autre », disait Lacan.

On croit alors que le désir est chez l’Autre.
On le poursuit dans son regard, dans son silence, dans son retrait.
On veut savoir ce qu’il veut.

Mais l’Autre aussi court derrière un furet.

Car le désir ne se confond pas avec la demande.
La demande veut être rassasiée.
Le désir, lui, se nourrit du manque.

Il court, il court.


Un analysant entra un jour et dit :

  • Je veux savoir pourquoi j’aime ainsi.
  • Pourquoi cela échoue toujours.
  • Pourquoi je ne suis jamais choisi.

L’analyste répondit :

  • Tu veux la formule qui dirait comment deux se nouent.

Puis ajouta :

  • Il n’y a pas de rapport sexuel.

L’analysant protesta : « Pourtant ils s’aiment ! »

« L’amour est ce qu’on invente pour faire tenir ce qui ne s’écrit pas », répondit l’analyste.

Le furet passa entre leurs pieds.

Le désir de l’analyste n’est pas de capturer le furet.
Il ne tend pas de piège. Il ne ferme pas la pièce.

Il ouvre la porte.

Il se tient au lieu du trou, là où le furet disparaît.
Il consent à ce qu’il n’y ait pas de cage.

C’est pourquoi il « porte » le désir de l’analysant :
non en le guidant, non en le nommant,
mais en maintenant l’espace vide où il peut courir.

L’analysant comprit un jour que le furet ne devait pas être attrapé.

Car si on l’attrape, il meurt.
Et avec lui, le désir.

Alors il cessa de demander.
Il regarda le trou dans le mur.
Et il entendit le pas léger du furet derrière la cloison.

Il sourit.

Le désir n’était pas à posséder.
Il était à laisser courir.


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