par Jean Marie TASSEL

Identifications, nouage et nomination
« C’est en tant que le nœud ek-siste qu’il peut y avoir identification » .
Désidentification et impasse subjective
L’analyse vise la désidentification. Elle ne consiste pas simplement à déplacer les identifications imaginaires ou symboliques, mais à les dénouer jusqu’à atteindre un point où le sujet ne peut plus se soutenir d’aucune garantie venant de l’Autre.
Si le désir s’inscrit dans la demande et surgit dans la marge où elle se déchire du besoin , alors chaque sujet rencontre une impasse : celle d’un rapport à l’Autre qui promet nomination, reconnaissance, sens — mais ne peut répondre à l’être de jouissance.
L’identification représente, mais ne dit rien de la jouissance. D’où la nécessité du symptôme .
Les trois identifications et leur homologie
Freud distingue trois identifications :
- au père,
- hystérique (au désir de l’Autre),
- à un trait (trait unaire).
Lacan les reprend et les articule à la logique borroméenne. Dans RSI et L’insu que sait…, il interroge leur répartition homologue dans les registres du Réel, du Symbolique et de l’Imaginaire .
Ces identifications se nouent :
- aux trois registres (R, S, I),
- aux trois concepts freudiens (Inhibition, Symptôme, Angoisse),
- aux trois jouissances (phallique, Autre, sens).
Aucune identification n’est privilégiée : elles s’homologuent sans se réduire l’une à l’autre. Du « pareil au même », il reste toujours une différence.
Le nœud borroméen montre que l’unité du sujet n’est qu’un effet de nouage fragile. Si un rond se défait, tout bascule.
Le petit Hans : suppléance et nomination
Dans le cas du petit Hans, l’inhibition (ne pas sortir), le symptôme (cheval qui mord) et l’angoisse illustrent la logique du nouage .
Le signifiant « cheval » vient suppléer la carence du Nom-du-Père. Il ne s’agit pas de forclusion mais d’une suppléance symbolique permettant un passage de l’imaginaire au symbolique.
Hans passe d’une position d’objet (phallus de la mère) à celle de sujet désirant grâce à l’invention signifiante. Le nouage se restaure.
Nomination : faire trou
Nommer ne signifie pas étiqueter. La nomination est un Dire, un acte qui fait trou.
« La nomination est la seule chose dont nous soyons sûrs que ça fasse trou » .
Elle n’est pas réservée au symbolique : elle peut se nouer au trou de l’imaginaire ou du réel. Elle fonctionne comme quatrième terme du nœud, permettant la tenue des trois registres.
Inhibition, symptôme et angoisse peuvent alors être lus comme nominations :
- indice de l’imaginaire,
- indice du symbolique,
- indice du réel.
La nomination noue là où le sens échoue.
Identification au sinthome
Le dernier Lacan introduit le sinthome comme point d’ancrage singulier.
Le sinthome n’est pas le symptôme à interpréter : il est la manière dont le sujet assure son rapport au réel. L’analyse ne libère pas du sinthome ; elle permet de savoir pourquoi on y est empêtré .
Le sinthome est ce par quoi chacun assure la consistance de son être en l’absence de garantie de l’Autre. Il noue :
- trou (symbolique),
- consistance (imaginaire),
- ek-sistence (réel).
S’autoriser de son sinthome, c’est consentir à cette singularité radicale.
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