par Jean Marie TASSEL

S’orienter des signes discrets. Se former à l’hérésie (RSI)
« Psychanalyste, c’est du signe que je suis averti » .
D’une clinique du Nom-du-Père à une clinique du réel
Avec la décadence du Nom-du-Père et la discrétion des hiérarchies, le monde apparaît « beaucoup plus broyé, beaucoup plus incohérent, beaucoup plus bout-de-réel » . La clinique n’est plus centrée sur le Nom-du-Père mais sur le pas-tout. Les symptômes sont toujours là, mais sous des enveloppes formelles différentes.
S’orienter d’une clinique du réel suppose alors d’isoler des unités discrètes, de repérer ces « bouts de réel » dans une clinique de l’élémentaire . Le symptôme n’est pas d’abord métaphore : il est jouissance d’un élément hors chaîne, hors sens. Une discrétion.
Le terme discret — du latin discretus — renvoie à ce qui est séparé, divisé. Une pièce détachée. Les formations de l’inconscient sont de cet ordre : lapsus, actes manqués, oublis, traits d’esprit. Elles surgissent comme éléments détachés, indices de ce qui échappe.
Trébuchements et résonances
Freud repère ces signes discrets dans les formations de l’inconscient. Lacan, avec lalangue, radicalise cette perspective : l’inconscient est assujetti à l’équivoque . Lalangue, langue anagrammatique pleine d’échos, d’assonances et d’inanités sonores, fait résonner le réel dans le corps.
Le discret est affaire de résonance : un murmure, une intonation, une coupure, un silence. Le réel s’y fait entendre en équivoquant. La jouissance du corps insiste et « passe par le discret » pour chercher une satisfaction . Petit a lui-même est une unité de jouissance discrète.
Ainsi, l’analyste ne saurait être extérieur à ce dispositif. Si « l’inconscient interprète », l’analyste peut être pensé comme une unité discrète parmi d’autres : semblant d’objet a, usage du Witz, de la résonance, du murmure. L’analyste s’efface derrière les formations de l’inconscient pour intervenir à sa discrétion, du côté du discontinu.
L’interprétation n’est pas production de sens, mais opération visant à faire surgir un signifiant irréductible, à produire de l’in-sensé.
Le signe : une coupure avant le sens
Le signe, chez Lacan, ne se confond pas avec le signifiant. Il se détache sur fond de silence. Tel le doigt levé du Saint Jean de Léonard, il pointe vers une absence : « qu’il n’y a pas de rapport sexuel formulable dans la structure » .
Le signe discret vise une coupure avant toute signification. Il indique un hors-sens concernant la jouissance. Une jaculation, une intonation, un style singulier par lequel le sujet tente de faire avec le réel. Le signifiant, impropre à donner corps au rapport sexuel, ouvre le champ du « ça parle ». Il signale l’indice du sans pourquoi.
S’orienter du signe et du trébuchement, c’est se garder de la pente au savoir. C’est maintenir l’entre-deux du signe et du signifiant, suivre l’inconscient à la trace .
S’orienter de l’éprouvé
Les travaux des Conventions d’Antibes et des Conversations d’Arcachon ont montré combien la clinique contemporaine requiert une attention aux phénomènes élémentaires :
certitudes sans délire constitué, inflexions subtiles, pauses, silences, holophrases, sensations étranges, excès, ubris, bricolages singuliers.
Il s’agit de repérer comment un sujet invente un nouage — parfois non borroméen — permettant un arrimage au lien social . Un nom imparfait peut alors surgir, non plus sous mode d’injonction mais comme nomination possible reliant deux registres.
La psychose ordinaire invite ainsi à s’orienter de l’éprouvé, à devenir partenaire « de la bonne façon », à écouter tonalités et intonations. Se former à l’hérésie (RSI) plutôt qu’à l’orthodoxie : tel serait l’enjeu.
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