TACERE n’est pas SILERE

TACERE n’est pas SILERE

TACERE n’est pas SILERE

par Jean Marie TASSEL

Le silence. Le silence est-il un symptôme ?

Dans la clinique avec les enfants et notamment, avec les enfants autistes, les modalités du rapport au langage sont plurielles et singulières qui engagent chacun des praticiens à venir interroger à partir de la rencontre cette question du rapport au langage, du silence et de l’acte. C’est ce que nous avons choisi de poser en exergue de cet article sous la formule lacanienne du « Tacere n’est pas silere ».

« Tacere n’est pas silere », et, pourtant, ces deux termes « se recouvrent à une frontière obscure » nous enseigne Lacan. C’est à cette frontière que j’essayerai d’introduire mon propos en laissant cette question ouverte.

Si l’acte de se taire est une des modalités de l’acte ; l’acte de se taire ne libère pas le sujet du langage. Le langage est ce qui structure le « sac du corps », comme s’exprime Lacan dans « RSI ». Dès lors, le sujet reste aux prises avec cet Autre du langage sous de multiples échos. Échos du corps, résonances, tensions pulsionnelles sont en lien avec l’envers de l’acte de « se taire » à savoir la demande qui, lorsqu’elle se tait, « la pulsion commence ». Dans « Subversion du sujet et dialectique du désir » (Lacan, Ecrits), la demande, identifiée à la pulsion ($ ◇ D), désigne le point où le sujet s’évanouit. A reprendre l’analyse de Lacan dans les « Remarques sur le Rapport de Daniel Lagache« , (Écrits, Paris, 1966), faire silence, silere, tendrait à désigner une absence de bruit ; en revanche, taceo impliquerait qu’il y ait quelque chose à taire et donc une sorte d’intention, lieu d’un Dire, là où quelque chose pourrait être dit.

La question du silence, comme point de surdité, permettait de faire taire la voix de l’Autre dans ce qu’elle peut avoir d’envahissant. Dans le travail proposé par Alain REVEL, [< Lien vers la page] psychanalyste à Aix-en-Provence, et notamment, « pendant le temps paradisiaque d’un jour de fête »(anniversaire), Babouillec « revient à plusieurs reprises sur sa stupeur de se voir ainsi épinglée en deux lettres ». Or, si « un signifiant est ce qui représente un sujet pour un autre signifiant », ne s’agit-il pas ici de limiter, par un autre signifiant, le signifiant impératif qui nomme (ou persécute) le sujet ? Ici « LN » en serait l’illustration : aucun signifiant ne viendrait rompre ou représenter le sujet au-delà de ce S1, au-delà de ces deux lettres. Tel un signifiant tiers qui rendrait au sujet sa capacité à faire silence.

Le silence, celui qui sépare de l’Autre, celui qui donne le sentiment que le corps est capable de se fermer n’exclut pas l’effraction, sous forme de lettres qui viennent faire résonance, ouverture…

La présence d’une voix, de la voix comme objet détachable, cessible, ferait en sorte que le silence s’évapore. Face au silence, envahissant tout son corps, la voix serait l’objet ambocepteur (substance sensibilisatrice qui servirait d’intermédiaire), le relais qui ferait partir le silence. Au risque d’y perdre le « fond » servant de bord organique à la résonance. Plus d’ek-sistence donc, plus de tonalité fondamentale (ab-gründ). « Ma mère veut me faire sortir du silence, m’extraire, m’arracher au silence« , nous dit Babouillec. Ici, est-il besoin de sortir l’autiste du silence, moteur de la création ?

Au même titre, prêter une signification au bruit, au brouhaha incessant de l’autre, serait insupportable du côté d’une nomination qui désignerait le sujet, ici donc un refus de l’identification, du signifiant qui nomme et assignerait le sujet Babouillec. Mais, par ce choix d’une nomination singulière « Babouillec », n’est-ce pas déjà là une nomination sous laquelle « LN » consent à l’existence ?

Chacun sa fréquence donc, au sens de rythme, de ponctualité et de résonance.

Je laisse résonner ce que, du silence, la pulsion nous engage à élaborer sous le titre « écho du corps et du silence des soignants en Institution », [< Lien vers l’article] article produit par Béatrice BIASOLO-FAUQUIER, éducatrice spécialisée à Nîmes et Bruno ALLAIGRE, psychanalyste, sociologue et formateur à Valence, enseignant à l’École d’Orthophonie de Lyon.

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